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Interview de Michèle SABBAN sur le R20 décidé à Copenhague

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Tribune politique
Vendredi 18 Décembre 2009

r20-sabbanInterview réalisé le 18 décembre 2009, Michèle Sabban, présidente de l'ARE, revient sur la création du R20 en présence de Jean-Paul Huchon, président de la Région Île-de-France, Arnold Schwarzenegger, gouverneur de Californie et Jean Charest, premier ministre du Québec.


Le R20, le grand succès de la conférence sur le climat de Copenhague?



Le R20, le regroupement de 20 grandes Régions du monde, a crée la surprise. Pouvez-vous revenir sur les conditions de ce regroupement? L’Assemblée des Régions d’Europe a dû jouer un rôle de modèle à une coopération inter régionale...

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Michèle Sabban,
Présidente de l'ARE

Cela fait plusieurs années maintenant que les régions du monde se concertent pour construire ensemble des solutions au problème du changement climatique, depuis 2005 en fait à l’occasion du Sommet de Montréal. En 2008, elles se réunissaient pour le Sommet mondial des régions de Saint-Malo, et ensuite pour le Sommet mondial des gouverneurs sur le climat à Los Angeles. Plus récemment, avec la Déclaration de Poznan de 2008, les régions et les Etats fédérés sont entrés dans la lettre de l’accord de coopération à long terme sur le changement climatique. La création du R20, qui est une initiative lancée par l’Etat de Californie à l’issue du Sommet de Los Angeles en septembre 2009, marque en quelque sorte l’aboutissement de ce processus.

Je crois qu’on peut dire que ce qui est en train de se produire sur la scène internationale, c’est la constitution d’une véritable diplomatie des régions. Jusqu’ici il y avait la coopération décentralisée, mais cela restait un stade encore embryonnaire d’un vrai multilatéralisme régional. Alors, il ne s’agit pas de singer la diplomatie des Etats, c’est-à-dire de multiplier les structures et d’entrer dans des logiques de bloc, de rapports de force…Au contraire, il s’agit de coopérer et de trouver des solutions concrètes, surtout là où les Etats échouent à donner une suite à leurs déclarations.

L’ARE, de ce point de vue, a joué un rôle de laboratoire pour ce genre d’expérience. Cela fait près de 25 ans qu’au travers de ses activités, cette association dont je suis la Présidente construit des solidarités entre les régions européennes, dont on sait que le niveau de développement est très hétérogène. Selon que l’on se place dans l’Europe de l’Ouest ou dans les territoires des PECO, les situations sont en effet contrastées.

Pour vous donner un exemple, l’ARE a récemment mis en place une méthode de peer reviews sur les mesures d’adaptation et d’atténuation du changement climatique. C’est-à-dire que des représentants de régions membres se rendent chez leurs homologues, et cherchent avec eux les solutions les plus adaptées à leur contexte.

Plus récemment, à l’occasion de notre assemblée générale à Belfort, nous avons inauguré un travail en commun avec le milieu industriel, notamment pour favoriser l’émergence des technologies propres. Notre accueil par GE Energy constitue un symbole fort de cette donne nouvelle pour les industries et les territoires, que je souhaite voire travailler en commun autant que possible. C’est ce que j’ai voulu exprimer dans l’Appel de Belfort.

Le R20, sans doute, reprendra de telles méthodes, à une plus large échelle, et l’ARE jouera un rôle important dans sa mise en place. Mais le R20 cherchera aussi à rappeler que là où les annonces des Etats ne sont bien souvent que des effets d’annonce, les collectivités cherchent à trouver des solutions, dans la mesure de leurs moyens. Ce sera surtout un moyen d’action, et pas un forum de plus où l’on se réunit pour écrire de belles déclarations !

Le « R20 » accepte les recommandations du GIEC, limiter le réchauffement climatique à 2° des moyennes de l’époque préindustrielle. Objectif ambitieux et contraignant. Les Régions peuvent elles peser dans la balance climatique, ceci malgré le soutien de leurs Etats ?

Que les régions et les Etats fédérés peuvent peser dans la lutte contre le changement climatique, c’est précisément le message que je suis allée porter, en tant que Présidente de l’ARE, à Copenhague. Cette affirmation est fondée : selon le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), ce sont entre 50 et 70% des mesures d’adaptation et d’atténuation au changement climatique qui ont vocation à être mises en œuvre par les collectivités. Je peux évoquer aussi une étude récente de l’ARE, selon laquelle 78% de nos régions membres (nous en comptons 270 à ce jour) ont d’ores-et-déjà mis en place une politique climatique sur leur territoire. Quand je parle de politique climatique, je parle de normes type HQE, d’aides à l’éco-innovation, de mesures de tri sélectif, de transports propres, etc. S’il y a une leçon à retirer de la crise climatique c’est, il me semble, que nous devons repenser urgemment les outils de la gouvernance globale, qui pour être une idée neuve n’en connaît pas moins un développement pénible.

Très clairement, que ce soit pour la question de la lutte contre la pauvreté et plus globalement des Objectifs du Millénaire, ou sur la question du changement climatique, on s’aperçoit qu’il est difficile d’atteindre les objectifs fixés avec les outils existant actuellement. Du coup, on peut soit attendre, et aller à la catastrophe – le mot n’est pas trop fort pour qualifier ce qui attend par exemple de nombreux Etats insulaires -, ou on peut décider de se mobiliser, et d’agir. C’est ce que font les régions, en échangeant des expériences, en prenant des engagements, en nouant des partenariats avec les acteurs économiques et en communiquant avec leurs citoyens sur des enjeux fondamentaux. Les régions, c’est le cadre de vie de nos citoyens, l’échelon démocratique par excellence, et c’est là que se font les changements essentiels aujourd’hui.

L’Ile-de-France affiche sa volonté d’être la « première écorégion d’Europe ». Est-elle un modèle international ?

C’est bien comme leader économique et en matière de politique environnementale que la région Ile-de-France a été sollicitée pour intervenir à Copenhague, et se constituer en membre fondateur du R20. Le projet d’écorégion n’est pas nouveau, il faut le rappeler, c’était l’engagement de campagne du Président Huchon en 2004. Poser cet objectif, c’est dire que l’on va révolutionner l’ensemble des politiques publiques mises en place par la région. C’est consacrer, comme aujourd’hui, plus du tiers du budget du Conseil à des mesures d’ordre environnemental. On peut évoquer, entre autres, les investissements en matière de recherche, le développement économique et l’innovation, les investissements en matière de construction et de réhabilitation de logements et d’équipements publics ou encore à l’aménagement du territoire.

La région Ile-de-France a également prouvé son engagement pour des territoires moins émetteurs de GES en préparant un Plan Climat Territorial Régional, en transformant les transports par la création de réseaux de circulation verts. Elle le fait aussi au travers de sa politique de l’eau, à laquelle elle consacre la moitié du budget de l’environnement.

Enfin, je voudrais dire un mot de notre partenariat noué avec le PNUD, et de notre adhésion au Climate Group le 15 octobre dernier. Le Climate group, qui organisait le Sommet des Leaders à Copenhague du 15 décembre, est la principale ONG en matière de lutte contre le changement climatique. Elle est parvenue à fédérer les principaux acteurs privés et publics non gouvernementaux autour d’une cause commune pour envoyer un message fort en direction des Etats, et pour préparer l’après-Copenhague. Le fait qu’elle ait reconnu le rôle moteur de la région Ile-de-France sur la question constitue à cet égard un indice puissant de notre engagement. La région Ile-de-France jouera donc, aux côtés notamment de la Californie et du Québec, un rôle essentiel dans la mise en place du R20, dont elle est un membre fondateur.

Le « R20 » prévoit d’organiser des réunions en marge des grands sommets internationaux. Comment envisagez-vous l’avenir du « R20 »?

Il va y avoir plusieurs temps dans la mise en place de cette structure, dont l’importance n’autorise pas l’improvisation. D’abord, jusqu’en septembre prochain, les membres fondateurs vont travailler à l’organisation de la structure même. Sans préjuger des axes de travail qui seront adoptés, on peut dire qu’il s’agira de renforcer cette diplomatie parallèle que j’évoquais tout à l’heure, de rappeler dès que cela est nécessaire – l’exemple du plan de relance européen à l’hiver 2008, élaboré sans la moindre concertation des collectivités européennes est là aussi assez parlant-, que les collectivités, en tant qu’elles sont des opérateurs importants pour toutes les politiques publiques, doivent être entendues. Mais il ne s’agira pas seulement d’accompagner la vie internationale telle qu’elle existe aujourd’hui. Il faudra construire les bases d’un nouveau mode de coopération entre les populations, les territoires, et les autorités publiques.

Nous prévoyons donc que le R20 soit « opérationnel » en septembre prochain. Ce sera un événement important pour les collectivités du monde entier, et plus encore pour la vie internationale.

Qu’avez-vous pensé du sommet de Copenhague ? Le doute s’installe quant aux décisions qui seront prises, peut-être même un retour en arrière par rapport au texte de Kyoto…

A ce jour le dernier des négociations entre les Parties, rien n’est moins certain qu’un accord. Les Etats ne sont pas parvenus à sortir de ce que les économistes appellent un équilibre sous-optimal : ils attendaient tous que leur bien-être au sein de l’accord dépasse celui qu’ils obtiennent en restant en dehors ; chacun a cherché à conserver ses avantages, et n’a fait que des offres frileuses.

On sait par ailleurs que la question du financement de l’effort d’adaptation des pays du Sud par les pays du Nord est restée le point le plus problématique de ces négociations. Suite à la proposition d’accord mise en circulation par les autorités danoises il y a quelques jours, mais auprès de certaines Parties seulement, le G77 qui regroupe près de 130 PED, a répondu en affirmant que deux années de négociation venaient de partir en fumée. La Conférence des Parties a donc tout d’une impasse.

Là encore, et sans prétendre que l’aide financière dont sont à ce jour capable les régions peut se substituer à celle des Etats, je remarque que nous parvenons au niveau des collectivités à dépasser ce genre de clivage.

En tous les cas, ce Sommet que l’on annonçait comme un tournant décisif pour l’avenir de la planète n’aura pas porté tous ses fruits. Ou peut-être, sur une note plus optimiste, peut-on dire que le vrai changement ne s’est pas produit là où on l’attendait. Ce n’est pas dans les salles du Bella Center que s’est effectuée la conversion des dirigeants à une économie verte, à un développement durable, mais au sein d’un Sommet comme celui organisé par le Climate Group. J’évoquerais simplement l’intervention du Président des Maldives Monsieur Mohammed NASHEED, témoignage bouleversant de la réalité du changement climatique et de l’urgence d’y remédier. Quand on prend conscience que ce sont des peuples entiers qui risquent de perdre leur terre, l’engagement dans la lutte contre le changement climatique devient un impératif moral.

Et finalement, l’un des enjeux de Copenhague a trouvé là une réponse : accord ambitieux ou pas, nombre d’acteurs se mettent déjà au travail, et produisent déjà le changement nécessaire.

 

  • L'Association des Régions d'Europe : www.aer.eu
  • l'appel de Belfort (source ARE): voir